Distribuer des tracts, en Avignon, est un rite obligé. Il consiste, pour un artiste, à arpenter les rues, tel un bateleur de foire, à distribuer des prospectus à la gloire de sa
pièce de théâtre, de son numéro de danse. Bref, à faire le maximum de bruit pour attirer le chaland. La concurrence est rude : 983 spectacles, cette année, se disputent une place au
soleil du festival « off », en marge de la programmation officielle.
Ce matin-là, justement, on surprend Eva Darlan, au détour d'une ruelle du centre historique, là où convergent en juillet les comédiens du monde entier. Elle passe de bistrot en bistrot,
de terrasse en terrasse, glisse un mot, un sourire et dépose son prospectus sur un coin de table.
Faut-il qu'elle soit tombée si bas ? Quelle misère ! L'actrice fétiche de Jean-Michel Ribes, révélée dans Palace, la série télé des années 1980, réduite à faire la
claque pour Divins divans, spectacle qu'elle interprète seule en scène en Avignon. « Tracter ? Mais, j'adore çà ! assure-t-elle. Des
petites jeunes avaient été embauchées pour le faire à ma place. Elles s'y prenaient mal. » Ah bon ? Parce qu'il y a une technique ? « Bien sûr. Prendre contact
en douceur, parler de tout et de rien. Ne pas se contenter de dire que le spectacle est formidable. »
Eva Darlan semble avoir ' tracté ' toute sa vie. En fait, à 60 ans, elle découvre Avignon et son festival où elle n'est présente que depuis l'an dernier. « J'ai pris une
claque. Inouï. Je pensais que c'était comme à Paris. Qu'on arrivait au théâtre, en portant chapeau, lunettes noires et en rasant les murs. Juste à quelques minutes de monter sur
scène. » La voilà, au contraire, happée par l'effervescence avignonnaise, cette ambiance permanente de kermesse géante. Sympathique, mais usant.
D'autres préfèrent s'en extraire. Certaines vedettes parisiennes sont ainsi beaucoup plus discrètes. « Dommage, soupire Eva Darlan. Elles se privent de beaucoup de choses.
Le métier, ce n'est pas se prélasser au bord d'une piscine. À Avignon, je réalise mon rêve de gamine, celui de devenir saltimbanque. Ici, les artistes se lèvent tôt pour partir tracter,
coller les affiches. Ils ont une énergie et une foi incroyables. J'ai rarement vu une profession où les gens ont une telle envie de travailler. »
Eva Darlan a le privilège d'être reconnue dans la rue. Et de jouer, chaque soir, dans un théâtre de 100 places climatisé, à deux pas de l'étroite rue des Teinturiers, véritable concentré
pittoresque de l'esprit d'Avignon où se pressent public, comédiens, camelots et bouquinistes... Elle mesure sa chance, alors qu'un simple hangar fait le bonheur de certains et que
d'autres doivent renoncer à jouer en cours de festival, faute de spectateurs.
Créé au théâtre des Mathurins à Paris, son Divins divans est une succession de sketches dans un cabinet de psy. Depuis l'an dernier, il fait le plein de spectateurs en Avignon.
Un public qu'Eva Darlan prend par la main. « C'est unique d'en être aussi proche. Sur scène, je reconnais des personnes avec qui j'ai discuté, l'après-midi, de la pluie, du beau
temps, de la santé du petit dernier. Et qui m'ont fait confiance. »
L'humoriste dit « se shooter » au bain de foule, s'enrichir au milieu des gens. Jusqu'à un certain point. Elle évite soigneusement la rue de la République et la place de
l'Horloge, prises d'assaut par les touristes. « Ils viennent pour voir des têtes, pas pour le théâtre. Je n'y fais même pas mes courses. » Heureusement pour elle,
les 250 000 spectateurs du « off » ¯ auxquels s'ajoutent les 150 000 du « in » ¯ sont en majorité des connaisseurs, respectueux de la tranquillité des
artistes. « Je n'ai rien contre une tape dans le dos, une bise, une dédicace. Mais, c'est moi qui fais le premier pas. »
Eva Darlan reviendra, l'an prochain. Avec un projet plus ambitieux, une vraie pièce de théâtre. Dont Paris, cette fois, n'aura plus la
primeur.
Benoit LE BRETON.
MAJ 27-07
Divins Divans, La thérapie en s'amusant
par dominique Dusserre, Avignews.com
Eva Darlan nous invite à partager les différentes ambiances du cabinet d’une psychanalyste à partir d’un texte qu’elle a co-écrit avec Sophie Daquin.
LE PITCH
Les spectateurs ne sont pas au théâtre mais dans une salle d’attente. Ils vont ainsi devenir les patients d’une thérapeute mais également assister à quelques séances de personnes
névrosées, complexées.
L’AVIS DU FESTIVALIER
Eva Darlan revisite avec beaucoup d’humour les opinions et les préjugés habituellement formulés sur les thérapeutes et leurs patients. En les interprétants de manière simple et efficace,
elle arrive à leur donner une personnalité sans jamais être dans la caricature. Insensiblement, elle brosse le portrait de quelques névroses classiques. Elle joue avec beaucoup de mesure
et instaure peu à peu une certaine connivence avec le public. Elle charme, fait rire, prend à partie quelques spectateurs qui rentrent dans son jeu. C’est drôle, parfois émouvant. Et
c’est avec beaucoup de sincérité qu’Eva Darlan remercie son public, visiblement émue : le plaisir de la soirée a été partagé.
Une vidéo où l'on voit l'installation du décor de Divins Divans
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