
Les Pacarel, avec Monsieur, riche industriel, inculte mais assoiffé de
postérité ; Marthe, sa femme bourgeoise mais sensible et leur fille Julie.
Les Landernau, avec Monsieur, docteur et Amandine, sa femme, qui se berce de rêveries sucrées.
Pacarel a fait fortune dans le sucre et, comme cela ne lui suffisait pas, il veut monter un opéra composée par sa propre fille Julie, laquelle est promise à un certain Lanoix de Vaux. elle a réécrit "Faust" d'après Gounod (sic). Pour cela, il envisage de faire venir un célèbre ténor de l'opéra de bordeaux. Débarque alors un jeune Bordelais qui n'est pas celui qu'espérait Pacarel : il s'agit du fils de son ami Duffausset venu faire ses études de droit à Paris. Pacarel, le prenant pour le ténor en question, lui fait signer un contrat, provoquant ainsi une kyrielle de quiproquos , les évènements s’enchaînent avec la précision d’une mécanique bien huilée et vont donner le rythme à cette pétillante pièce de Feydeau qui fut diffusée en 1975 à la télévision avec Thierry Le Luron dans le rôle de Duffausset.
.Au fond,Pacarel est ce qu'on appelle de nos jours un nouveau riche.Il était
plaisant de jouer de cette particularité pour situer le cadre de la pièce dans une époque où les signes de réussite se manifestaient par d'audacieuses formes d'expression artistique :les Années
Folles,décennie où le monde redécouvrait la prospérité et à laquelle Feydeau disparaît,à l'apogée de sa gloire,en 1921.Ainsi,toujours à la frontière entre le bon et le mauvais goût,Pacarel et ses
proches deviennent-ils le symbole d'un monde où l'on semble pouvoir tout s'offrir,avant que la grande crise de 1929 ne vienne frapper de plein fouet cette frénésie.
Chat en poche, une des premières pièces de Feydeau, pourrait être un Labiche pris de délire. Des bourgeois charmants et inoffensifs, telles des familles moliéresques, emportés par la folie du
maître de maison dans une sarabande irrésistible, cocasse, bouffonne, au-delà de l’absurde.
dernière minute du 4 mai : Le remplacement du comédien Bernard-Pierre Donnadieu par Jean-Paul Muel.
MAJ 11/05 : article du Figaro
D touches de piano recouvrent le devant de la scène du Théâtre national de Nice. En fond, derrière une baie vitrée, une allée d'arbustes verdoyants en forme de violoncelles. Côté jardin, un piano noir. Christophe Barratier, réalisateur des Choristes et de Faubourg 36, connaît la musique. Pour la première fois, il s'est essayé à la mise en scène. Et pas n'importe laquelle : Chat en poche, un vaudeville en trois actes écrit par Feydeau à l'âge de 26 ans. L'argument est à la fois simple et génial : Pacarel, un bourgeois qui a fait fortune dans le sucre « sur le dos des diabétiques », souhaite donner davantage de lustre à son nom. Il engage ainsi Dufausset, 24 ans, un provincial qu'il croit être un célèbre ténor pour jouer un opéra de sa fille Julie (Elle a adapté Faust de Gounod !). Les imbroglios se multiplient. Car le faux virtuose plaît aux dames - Marthe, la femme de l'homme d'affaires parvenu et Amandine, l'amie de celle-ci - qui s'en laissent conter. Quant à leurs hommes, aveugles, sûrs de leur charme, ils s'empressent de juger hâtivement les choses. Diplômé de guitare classique, Christophe Barratier a voulu traiter la pièce « comme une mélodie et en respecte effectivement la mesure », la fameuse mécanique du dramaturge. À la lettre, de façon respectueuse, très classique, comme s'il n'avait pas osé jouer sa propre partition.
Le metteur en scène en herbe a choisi une distribution homogène pour servir ce spectacle enlevé, très divertissant et souvent d'une grande drôlerie. Gregori Baquet, le fils de Maurice Baquet, vrai violoncelliste, attire aisément la sympathie du public dans le rôle de Dufausset. Jean-Paul Muel est irrésistible en Pacarel et son épouse, Éva Darlan, pétillante et coquette à l'envi. Chantal Neuwirth, dans la robe de la naïve Amandine, devrait rester longtemps dans les mémoires. On attend la prochaine aventure théâtrale de Christophe Barratier avec beaucoup d'intérêt. Il doit notamment tourner un film consacré à Gustave Eiffel.
Maj 16 mai
article du JDD
Chat en poche ***
Théâtre national de Nice, promenade des arts, 06300 Nice. 04 93 13 79 60. Jusqu'au 23 mai.
"Il faut concevoir ça comme un plan fixe d'une heure et demie", avance Christophe Barratier en esquissant à deux mains un cadre panoramique. Le musicien de formation, cinéaste heureux
des Choristes et de Faubourg 36 s'essaie à la mise en scène théâtrale. Pour sa première, il a choisi Chat en poche, une pièce de jeunesse de Feydeau à sept personnages, manière
de ne pas se faire dépasser par la mécanique délicate et potentiellement infernale de l'auteur. Car la juxtaposition précipitée des quiproquos, les courtes répliques, qui se partagent entre
apartés et dialogues, impriment un rythme qui doit trouver un juste équilibre avec le phrasé des comédiens, leurs déplacements... Bref, Feydeau a tout du piège si on l'aborde sans rigueur. Mais
Christophe Barratier, en musicien accompli, a mené cette succession d'intrigues à la baguette, sans baisse de régime mais sans en faire trop non plus, genre version boulevard surligné. Le
casting est à la hauteur des ambitions. Jean-Paul Muel, en nouveau riche "enrichi dans la fabrication du sucre par l'exploitation des diabétiques" mène la danse rondement. Eva
Darlan joue avec une retenue teintée de nostalgie la femme encore désirable mais talonnée par le temps. Gregori Baquet, en ténor de circonstances produit les fausses notes à la demande pour
une vraie symphonie d'équivoques. Christophe Barratier s'est même payé le luxe de compenser quelques faiblesses de la pièce de jeunesse du vaudevilliste. Une pirouette musicale de sa composition
nous évite en particulier un happy end plutôt convenu. Mais ce Chat en poche reste du Feydeau pur sucre. Et son metteur en scène a tout compris du cadre à l'intérieur duquel l'absurde de
la comédie humaine a toute latitude pour se mettre en musique. J.-L.B.
Chat en poche de Feydeau
Peintre des milieux bourgeois décadents qu'il dissèque en prenant plaisir à en souligner les ridicules, Feydeau a décidément le vent en poupe. Après L'hôtel du libre échange dont s'est emparé Alain Françon et La dame de chez Maxime créé à Rennes par Jean-François Sivadier et qu'on verra sous peu à l'Odéon voici Chat en poche qui a la particularité d'être monté par le cinéaste des Choristes et de Faubourg 36, Christophe Barratier. La divine surprise est que cette première tentative théâtrale se révèle aussi aboutie que les mises en scène des deux grands noms de la scène française.
A l'exemple de monsieur Jourdain dans Le bourgeois gentilhomme, Pacarel qui, comme il s'en targue lui même, "s'est enrichi dans la fabrication du sucre par l'exploitation des diabétiques ", se pique d'art. Apprenant que sa fille a composé un nouveau Faust, il télégraphie à un ami bordelais afin qu'il lui envoie à Paris un ténor réputé qui pourra l'interpréter sur la scène de l'opéra.
Alors qu'il attend son arrivée, surgit, sans crier gare, le fils de l'ami en question qu'il prend pour l'illustre chanteur. Ce qui provoque une série de plus en plus hallucinante de quiproquos. Le jeune homme qui se prend de passion pour la femme de Pacarel est bientôt aspiré par un tourbillon de malentendus lesquels sont avivés par le fait que Feydeau possède le génie des phrases à double sens et des fantaisie lexicales. Et chacun - dont le docteur Landernau et sa femme au physique enveloppé, hôtes des Pacarel - d'être la proie de micro-délires.
La pièce jouée à un rythme soutenu par Jean-Paul Muel, Eva Darlan, Chantal Neuwirth, Gregori Baquet et des partenaires tout aussi débridés se termine sur une chanson a l'air entêtant composée par le metteur en scène, entonnée et dansée par toute la troupe. Pur cristal comique, ce spectacle ne devrait surtout pas resté cantonné au seul Théâtre National de Nice où on peut l'apprécier jusqu'au 23 mai.
Loin des lourdeurs de certaines mises en scène trop caricaturales (je ne citerai pas de nom!) ici,, de la légeretèe, vive les années folles, cela fait du bien! de la finesse, le tout très bien servi par les acteurs, Eva Darlan en tête... et c'est dans ces cas là que l'on se dit que l'on a de la chance d'être près de Nice!
Même si vous êtes un peu loin, n'hésitez pas à venir nous rendre une petite visite dans le sud, profitez des week-end prolongés, vous ne serez pas déçus!
Et j'espère retrouver Eva Darlan a Avignon cet été!
N'hésitez pas à continuer et à donner vos impressions sur ces représentations! et sans tout dévoiler, vous pouvez ajouter quelques détails sur les costumes, les décors... qui pourront donner une idée plus précises de la pièce à ceux qui sont trop loin de Nice pour la voir "en vrai"!
Au plaisir de vous lire!
Voilà l'effet que m'a fait cette représentation!
de la gaité, de la légereté, du rythme, de la musique, ça pétille et on en sort avec l'envie de chanter et de danser!
Bravo à toute l'équipe! ey j'espère qu'après ses trois semaines à Nice la pièce va voler vers d'autres salles, ce serait mérité!
Voilà l'effet que m'a fait cette représentation!
de la gaité, de la légereté, du rythme, de la musique, ça pétille et on en sort avec l'envie de chanter et de danser!
Bravo à toute l'équipe! ey j'espère qu'après ses trois semaines à Nice la pièce va voler vers d'autres salles, ce serait mérité!
J'ai assisté ce week-end à la représentation de « Chat en Poche » de Georges Feydeau, mise en scène par Christophe Barratier (à noter d'ailleurs dans l'excellente distribution, la performance de Grégory Bacquet et l'exceptionnel Jean-Paul Muel qui joue Pacarel), et je retrouve dans votre texte l'empreinte, le tracé des sensations, des émotions, des sentiments éprouvés lors de cette soirée.
On croit à un délire et on reconnaît la réalité.
Feydeau déguste nos travers et se délecte de nos faiblesses. Dans l'excès.
Le rythme est effréné, les mots sont justes, la gestuelle et les mimiques achèvent de rendre la partition remarquable.
Plus qu'un divertissement, c'est de l'entrain, de l'enthousiasme qu'il nous offre.
Vous dites « Le fou rire en guise de catharsis », voilà une phrase saisissante de justesse. Et mon kleenex n'eut de cesse de sécher mes larmes de rires!
Moderne Feydeau, sans nul doute, intemporel, sûrement.
Et jubilatoire.