Eva Darlan le blog

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Un espace pour suivre la carrière d'Eva Darlan, retrouver sa filmographie, ses participations au théâtre, à la TV, au cinéma, ses livres... (ps : la créatrice du blog n'est pas Eva Darlan... Un blog conçu par une "fan" ... pour les fans! Si vous souhaitez contacter directement Eva Darlan, elle est présente sur facebook. )


Eva Darlan au théâtre dans le Vieil hiver, 1991-1992

Publié par evadarlanblog sur 13 Mars 2008, 17:40pm

Catégories : #Eva Darlan au théâtre: zoom sur qqs pièces

Le Vieil Hiver, 1991-1992

Mise En Scène Roger Planchon
TNP
 

L'humanité, 24 février 1992
Planchon est un grand homme de théâtre que le cinéma fascine. Ne vient-il pas d’achever son quatrième film, « Soleil Levant », qui s’attache à Louis XIV enfant ? « Le Vieil Hiver » et « Fragile Forêt » constituent un diptyque sur les guerres de Religion. Le premier volet nous met face au camp papiste et le second nous entraîne chez les protestants. Dans « le Vieil Hiver », l’auteur-metteur en scène tient le rôle du capitaine Nicolas Simon des Jallades, mercenaire haut en couleur et fort en gueule, un genre de Falstaff gaulois, tandis que dans « Fragile Forêt » il joue Thomas de Goudoulet, poète cynique et douloureux vaticinant au coeur de la mitraille. Il s’agit au fond d’un seul et même personnage, qui fonde son unité contradictoire dans l’interprète Planchon, qu’on prend toujours plaisir à voir évoluer. Quant à la vision du monde exsudée au terme des deux spectacles, convenons que, si marquée au coin du bon sens, elle demeure courte et ne s’évade pas du constat que l’on vit dans « un baquet de merde qui s’agrandit ». Ecrivain, Planchon ne procède pas par ellipse. Il dit, redit, répète. L’ambition est de taille, jusqu’à faire parler l’Hiver et la forêt, dans un louable élan panthéiste. Las, le grand lyrisme visé n’est pas atteint. L’invocation au « trou du cul », soit la convocation du bas corporel intervenant à tout bout de champ, ne laisse pas d’être laborieuse, portée par une délectation morose de potache écrivant en cachette du directeur des études. Planchon ne cesse pas de contraindre sa culture pudique d’ancien élève des jésuites en jouant avec les gros mots. Par crainte des grands mots et des grandes idées ? Les générales, en tout cas, ne l’impressionnent pas. La guerre, c’est laid et sale, nous explique-t-il en deux soirées. Ça c’est ben vrai ! Le langage ne lui est qu’un moyen démonstratif. Il ne parvient pas à créer une langue vive, autonome. Impression d’être dans une forcerie où les fleurs du style seraient empêchées d’éclore par un défaut dans le système d’aération. Limite de l’inspiration, quand les mots, décidément, ne peuvent épouser l’impatience du souffle.
C’est d’autant plus regrettable que la construction des pièces, elle, tient le coup, dans ses rebondissements bien pensés, ses situations élaborées par un artisan qui connaît ses classiques, de Shakespeare à Brecht.
Et si la mise en scène, que Planchon qualifiait jadis d’« écriture scénique », n’avait plus pour fonction que de colmater les brèches qui se font jour dans le texte ? Le décor d’Ezio Frigerio, un bunker métallique riveté sur lequel sont peints des nuages et d’où suinte la rouille, abrite un paysage guerrier avec bouches de canons tournées vers le public. Au sol, de la fausse neige étouffe les pas des comédiens qui ne sont pas n’importe qui et forment une phalange efficace (Véronique Silver, Michèle Goddet, Laure Marsac, Eva Darlan, Colette Dompietrini, Maurice Barrier, Aurélien Recoing, Jean-Pol Dubois, Gérard Guillaumat, Vincent Garanger…).

 

  Jean-Pierre Léonardini

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